Return to site

Louise F. Jenkins, et l'astrométrie au XXème siècle

Médiation

Média : AMA²

Thème : Femmes de l'astro, mouvements propres, parallaxes

· Femme de l'astro

Première femme à observer les étoiles variables depuis le Japon, Louise Freeland Jenkins assure tout au long de sa carrière la pérennité du travail à propos de ces étoiles, en écrivant et co-écrivant des catalogues listant ces astres à la luminosité périodique.

Notamment engagée dans la transmission du savoir en astronomie, elle est successivement membre de plusieurs associations et crée un club d'astronomie au Japon.

On retiendra majoritairement sa précieuse contribution dans l'élaboration des catalogues contenant les parallaxes d'étoiles, un travail toujours d'actualité, par exemple au travers des relevés du satellite spatial d'astrométrie, spectroscopie et photométrie GAIA.

Carrière en astrométrie et engagement dans la médiation

Jenkins naît en 1888 dans le Massachusetts. Astronome américaine, elle obtient son bac en 1911 et sa maîtrise d'astronomie en 1917. Pour financer ses études, elle travaille entre l'obtention de son bac et la validation de sa maîtrise. Elle est dans un premier temps assistante astronome au Mount Holyoke College (MHC) où elle étudie, puis devient "femme- calculatrice", sort d'un bon nombre de femmes des sciences de l'époque, à l'observatoire Allegheny de l'Université de Pittsburgh. Elle obtient finalement un poste d'enseignante en astronomie au MHC.

@Wikipédia, Louise Freeland Jenkins

De par de ses recherches et études sur les parallaxes d'étoiles, Jenkins construit une carrière orientée astrométrie.

En 1919, elle intègre l'association américaine des observateur.ices d'étoiles variables (AAVSO), alors qu'elle est déjà en charge de créer et nourrir plusieurs catalogues d'étoiles. En effet, entre 1917 et 1920, elle observe les tâches solaires au télescope du MHC et publie ses résultats dans le journal "Popular Astronomy".

Elle part au Japon en 1920. Elle emmène avec elle trois télescopes, lui permettant d'éduquer ses étudiants du Women's Christian College1 à l'observation et d'elle-même poursuivre son travail sur les étoiles variables. Elle détermine au cours de l'année le mouvement propre de 34 étoiles variables.

Cependant, lors d'un séisme à Kantō, ses instruments sont détruits. Cette catastrophe ne l'arrêtera pourtant pas dans sa mission de transmission de son savoir :

Elle monte un club amateur d'astronomie afin d'accéder à l'observatoire de Tokyo une fois par mois. Elle continue ainsi de transmettre aux jeunes son savoir en astronomie, tout en observant les étoiles variables à titre professionnel.

Jenkins retourne aux U.S.A. en tant qu'employée assistante astronome au Yale Observatory entre 1932 et 1938, puis devient secrétaire du département entre 1938 et 1947.

En parallèle de ses emplois, elle est co-éditrice et éditrice de catalogues d'étoiles : elle écrit notamment la deuxième édition du "General Catalogue of Trigonometric Stellar Parallaxes"2 en collaboration avec un chercheur, en 1935. Elle participe également à la construction de la seconde édition du "Brigt Star Catalogue" en 19403.

Ces catalogues fournissent une liste de 127 étoiles, accompagnées de la mesure de leur parallaxe. Les étoiles sélectionnées sont à 10 parsecs (abréviation : pc) de nous. Le parsec est une unité de longueur en astronomie. Parsec vient de "parallaxe-seconde" et vaut environ 3,26 années lumières, soit environ... 30 000 milliards de kilomètres. Cette distance est sélectionnée afin de faciliter les calculs fournissant la brillance propre de l'étoile.
Jenkins accumule les travaux, et est également assistante éditrice pour l' "Astronomical Journal" de 1942 à 1958.

@Wikipédia, Ancienne définition du parsec

Elle réalise à elle seule la troisième édition du "General Catalogue of Trigonometric Stellar Parallaxes" en 1952.
Elle achève sa carrière en tant que volontaire à l'observatoire de Yale et décède en 1970, dans le Connecticut.

Un cratère lunaire porte son nom, en son honneur et en l'honneur de sa contribution dans la communauté scientifique.

@Wikipédia, Cratère Jenkins

Mouvements propres et parallaxes

La science intrinsèque à l'astronomie regroupant la mesure des mouvements propres d'étoiles et la détermination de leur parallaxe s'appelle l'astrométrie. Remontant à l'Antiquité, elle était alors appelée "Astronomie de position"4.

Le but de cette branche de l'astronomie est de déterminer la position, la distance et le mouvement des corps célestes du cosmos5.

Au cours de sa carrière, Jenkins mesure le mouvement propre des étoiles, c'est-à-dire le mouvement sur la sphère céleste.

Mais la sphère céleste, qu'est-ce-que c'est ?

En gros, lorsque l'on regarde le ciel nocturne, il est impossible pour un.e observateur.ice de déterminer la distance des étoiles. La sphère céleste définit donc la surface sur laquelle sont "mentalement" placées les étoiles du ciel.

@Wikipédia, Sphère céleste

Ces mouvements sont mis en évidence par la mesure des coordonnées des astres. Particulièrement, ici, nous parlons d'étoiles : le sujet de prédilection de Jenkins. Ces objets sont repérés par des coordonnées que l'on appelle ascension droite, analogue de la longitude sur la sphère terrestre, et déclinaison : celle de la latitude.

Mesurer le mouvement propre des étoiles permet d'avoir accès à la vitesse linéaire des étoiles, donc à leur évolution en déplacement sur la sphère céleste.

Le mouvement propre est un outil très utile, mais pas unique dans la détermination des déplacements des étoiles et autres corps célestes de la sphère du même nom. En effet, comme on l'a vu au travers de l'histoire de Jenkins, cette dernière a travaillé sur la parallaxe des étoiles.

Cette parallaxe s'opère lors d'un changement de position d'une étoile, induite par le changement de lieu d'observation d'un.e observateur.ice.

Une expérience très simple permettant de se rendre compte de la parallaxe est de placer son pouce devant ses yeux et de fermer successivement un œil, puis l'autre. On remarque que par rapport à l'arrière-plan, le pouce se "déplace", alors qu'en réalité, c'est simplement le point de vue d'observation qui entraîne ce décalage.

La détermination des parallaxes des étoiles permet, grâce à un calcul de trigonométrie, de déterminer la distance approximative d'une étoile par rapport à nous.

Cette distance permet alors de déterminer la luminosité intrinsèque à l'étoile, soulevant l'indécision de la brillance apparente.

De nombreuses données découlent de ces informations primordiales et sont encore de nos jours utilisées, par exemple dans la mission GAIA du CNES, qui s'attelle à fournir les données astrométriques précédemment énoncées, ainsi que le spectre des étoiles, apportant des informations sur la température, la composition ou la position d'environ un milliard d'étoiles. Ces informations donnent alors des propriétés pour la compréhension de l'évolution des galaxies hôtes de ces étoiles, ainsi que des grandes structures à nos alentours, et donc de l'Univers.

Nathalie Bauchet

  

1. "Louise Jenkins, astronomer and Missionary in Japan", Sei-Ichi Sakuma, 1985, Article.
2. "General Catalogue of Trigonometric Stellar Parallaxes", Louise F. Jenkins, 1940, Catalogue.
3. "Catalogue of Bright Stars", Frank Schlesinger & Louise F. Jenkins, 1940, Catalogue.

4. "Astrométrie", Wikipédia.

5. "Astronomie de position", Wikipédia.

  

All Posts
×

Almost done…

We just sent you an email. Please click the link in the email to confirm your subscription!

OKSubscriptions powered by Strikingly