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Les femmes de l'Astro épisode 2 - Jocelyn Bell

Médiation

Média : AMA²

Thème : Les femmes de l'astro, Pulsars, Jocelyn Bell

· Femme de l'astro

Quoi de mieux en ce 8 mars, qu'un article à propos d'une autre des trop nombreuses femmes oubliées de la science ?

Pour ce deuxième épisode des femmes de l'astronomie et de l'astrophysique, je vous propose d'éclairer les découvertes de Jocelyn Bell, femme astrophysicienne britannique née en 1943.

Dans cet article je vous parlerai alors de pulsars, ces résidus d'étoiles qui envoient des signaux radios au travers de jets de matière ultra-puissants. Mais aussi et surtout de leur lien avec Bell, mise à l'écart de sa propre découverte.

Les pulsars de Jocelyn Bell : Nobel volé, justice rendue

Qu'est ce qu'un pulsar ?

Pour répondre à cette question, il est nécessaire dans un premier temps de parler d'étoiles à neutrons. En effet, un pulsar, "pulsating star" ("étoile pulsante") est une étoile à neutron qui tourne très très rapidement sur elle-même, et qui produit deux grands jets électromagnétiques puissants.

Je vous donne une courte explication de ce que sont les étoiles à neutrons, et je prendrai le temps de faire un article plus détaillé dans trois semaines, afin que tout cela soit plus clair.

Pour le moment, je vous dirais qu'une étoile à neutrons, c'est une étoile majoritairement constituée de neutrons, petites particules sans charge électrique.
Lorsqu'une étoile massive a consommé tout son carburant, elle s'effondre sur elle-même, laissant la gravité gagner le concours de l'équilibre entre pression de radiation et gravitation.
J'ai fourni quelques explication quant à ce combat ICI.

@astronomes, Schéma d'un pulsar

Le résidu d'étoile se met alors à tourner à très grande vitesse . Il projette de la matière sous forme de jets perçus sous forme d'ondes radios. Depuis la Terre, à l'aide de radiotélescopes, nous pouvons percevoir ces "pulses".

En attendant le futur article, quoi de mieux qu'une vidéo pour se faire une représentation d'un pulsar ?

C'est en 1967 que Jocelyn Bell découvre le tout premier pulsar, qu'elle nomme "Little Green Men 1" ("Petits Hommes Verts n°1").

Bell commence sa thèse à l'Université de Cambridge, sous la direction d'Antony Hewish en 1965. En tant que thésarde, elle est majoritairement employée à des tâches ardues. En effet, à son arrivée en thèse, la possibilité d'avoir accès à un ordinateur est particulièrement restreinte car il y a peu de matériel. Ces outils sont donc réservés "aux vrais chercheurs".

Elle reçoit donc une grosse pince, un petit maillet, et le droit d'aller construire un instrument dans un champ, sous la direction d'Hewish, qui manage les opérations par téléphone depuis son bureau.

Ses conditions de travail, notamment par sa qualité de femme, conduisent Jocelyn Bell à développer peu à peu ce que l'on saura qualifier plus tard du "syndrome de l'imposteur".

Ce phénomène touche beaucoup d'étudiants et majoritairement les étudiantes. Il se manifeste par le sentiment de ne pas se sentir légitime, ni à sa place. Il est induit par ses professeurs au travers de la répétition systématique du caractère élitiste de son école.

@DailyHerald, Jocelyn Bell au Mullard Radio Astronomy Observatory à Cambridge University

L'instrument auquel Bell a accès pour observer le ciel est une sorte de "sismographe du ciel", qui fournit des mètres et des mètres de papier, contenant les activités provenant du cosmos.

La rude tâche de Bell est alors de faire la différence parmi ces activités entre le bruit, qui est une dégradation due à l'instrument ou aux conditions d'observation, et le signal lui-même.

"Chart Recorder"

@Wikipedia

Grâce à son esprit fort, Bell surpasse les difficultés de ses conditions de travail, ainsi que le syndrome de l'imposteur qu'elle ressent de manière importante. Elle arrive chaque jour sur son lieu de travail en se disant qu'elle va se faire renvoyer, ce qui lui offre une force gigantesque. En effet, elle compense en fournissant le maximum de son énergie à ses tâches.

Elle travaille pendant des mois sur cet instrument, ce qui lui procure une très fine intuition sur les résultats observés. C'est alors qu'un jour elle aperçoit un "pic", qui selon elle n'est pas du bruit dans les données, mais un signal réel, pour lequel elle n'a encore aucune explication.

Elle va alors voir son directeur de thèse, pointant du doigt sa découverte. Ce dernier ne prête aucune attention à la remarque de Bell, et lui demande de continuer ses "tâches" habituelles sur le "chart recorder".

@Roger.W.Haworth, Jocelyn Bell en 1967

Mais ce merveilleux esprit fort qu'est Jocelyn Bell, continue sa quête de la mise en évidence de ces pics dans les observations. Elle remarque que chaque jour le signal avance d'une ou deux minutes par rapport à la veille.
Au vu de la fréquence et récurrence du pic, elle retourne voir son directeur de thèse qui n'accorde encore une fois pas d'importance à son travail.

Bell décide alors de s'attaquer aux archives du "sismographe céleste" et épluche les données. Elle anticipe le prochain pic et décide de rester en pleine nuit à l'observatoire, afin de voir si ses prédictions seront vérifiées ou non.
Cependant quelques minutes avant le signal attendu, le matériel crash. Elle se dirige très rapidement dans le champ, où se trouve le radiotélescope, afin de trouver la panne et de le remettre en marche pour espérer apercevoir ce "pulse".

Cependant, malgré sa réactivité, le créneau était passé.

Hewish remarque que les observations de Bell sont de plus en plus nombreuses. Il se décide enfin à accorder un peu d'attention à son travail. Il consulte alors un homologue masculin qui possède un instrument similaire au sien.

Ils prédisent alors l'arrivée du prochain "pulse", et l'attendent avec beaucoup d'impatience. Cependant, le signal n'arrive pas.

Bell, décontenancée commence à se diriger vers la porte pour quitter le laboratoire, quand son collègue thésard s'exclame que le signal est apparu !

Suite à la validation de la découverte, Hewish demande à Bell de continuer les observations. Elle découvre alors plusieurs pulsars. Elle souhaite faire part à son directeur de thèse des données récoltées. Cependant, en arrivant au bureau, elle surprend une conversation entre Hewish et un de ses collègues. Il questionne alors la façon dont il va publier ces résultats inédits.

Bell est bien évidemment déçue de ne pas faire part de cette conversation, par laquelle elle se sent naturellement concernée.

Elle ne sera pas associée à ce processus de publication et d'édition.

Pulsar de la Nébuleuse du Crabe

@WIkipedia, Pulsar de la Nébuleuse du Crabe

La médiatisation de cette nouvelle sera gigantesque. En effet, dans son article, Hewish parle d'une éventuelle manifestation extra-terrestre. Ceci suscite un engouement très marqué des scientifiques, mais aussi de la part du grand public.
Cet engouement entraîne une forte demande d'interviews, auxquelles Bell et Hewish participent.

Bell dira plus tard à quel point elle se sentait mal à l'aise lors de ces interviews.

En effet, lorsque les journalistes interrogent les deux intéressé.e.s, Hewish est questionné sur le plan scientifique, alors que Bell n'a le droit qu'à des questions comme :

"Quel âge avez-vous?"

"Êtes-vous déjà mariée?"

En bref, elle représente le "quota charme" des entretiens, et n'obtient aucune reconnaissance pour son travail, son acharnement ou ses découvertes.

En 1974, le prix Nobel pour cette immense avancée scientifique est accordé à ... Antony Hewish. Oui, Antony Hewish seul. Dans la vague médiatique, il est considéré comme le découvreur, alors que Bell est elle mise à la place de "petite main".

Cette situation ne reste cependant pas sous silence. Fred Hoyle, collègue de Bell, décide de soulever l'injustice évidente du décernement de ce titre honorifique.
Bell obtiendra la reconnaissance qui lui est due, mais des années plus tard, à force de transmission de la réalité au travers du bouche à oreille de ses collègues.

Jocelyn Bell continuera toute sa vie à lutter contre les inégalités, notamment en offrant la totalité des trois millions de dollars accompagnant le titre d'un prix de la découverte en physique fondamentale qu'elle a reçu en septembre 2018 , à une association soutenant les étudiants en difficulté dans les grandes universités.

@Académie des Sciences, @SimonCassanas, Jocelyn Bell le 20 novembre 2018

Ce 20 novembre dernier, Bell a reçu la plus haute distinction de l'Académie des Sciences Française. Reconnaissance tardive mais présente, au cours de laquelle elle a transmis le récit de sa découverte.

Un grand merci à Aristide Doussot pour sa participation.

Nathalie Bauchet

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