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Les femmes de l'Astro épisode 3 - Hypatia d'Alexandrie

Médiation

Média : AMA²

Thèmes : Astronomie, mathématiques, histoire des sciences

· Femme de l'astro

Hypatia d'Alexandrie, la voix des sciences au Vème siècle

Violemment arrachée à la vie, Hypatia laisse derrière elle une multitude de travaux scientifiques.

Elle naît dans une Alexandrie tendue par des relations conflictuelles entre les Chrétiens et les Païens. Cependant, malgré les menaces auxquelles elle fait face, elle n'a de cesse de s'acharner à faire avancer ses recherches.

Celles-ci s'étendent autour de la philosophie, des mathématiques et de l'astronomie. Dans un contexte où les idéologies s'affrontent, sa route est parsemée d'embûches au vu de sa condition de femme, luttant contre les déterminismes qui accablent les femmes d'Alexandrie au Vème siècle.

Peinture d'Alfred Seifert, 1901

@Wikipédia

Une femme scientifique hors pair.e et enseignante adorée

Hypatia naît à Alexandrie entre 355 et 370. Elle grandit, oscillant entre le Mouseîon, "temple des Muses" et la Grande Bibliothèque d'Alexandrie. Elle a alors accès à des milliers de livres et se passionne dès son plus jeune âge pour la philosophie, la géométrie et l'arithmétique.

Son père Théon à la charge de l’École d'Alexandrie, s'attelle méticuleusement à lui transmettre tout son savoir au cours de la jeunesse d'Hypatia. De plus, le Mouseîon est doté d'un observatoire, elle devient donc également férue d'astronomie.

Reconstruction du Mouseîon d'Alexandrie

@ilibrariana

Sa curiosité hors du commun et son insatiable besoin d'engranger des connaissances la mènent à l’École Néoplatonicienne d'Athènes au sein de laquelle elle perfectionne son savoir en philosophie.
Dès son retour de Grèce elle enseigne à l’École Néoplatonicienne d'Alexandrie une philosophie éclectique, profane et laïque. Elle en devient directrice aux alentours de l'an 400.

Outre le fait que sa maîtrise de l'art de se faire comprendre soit d'une exceptionnelle rareté, son esprit rationnel, sa sagesse et sa maturité lui permettent de mettre sa remarquable intelligence à l'épreuve des mathématiques et de l'astronomie.

A cette fin, suite à son apprentissage des ouvrages de Thalès, Pythagore, Socrate, Platon, Aristote ou encore Archimède, elle commente et améliore Les coniques d'Apollonius de Perga, Les Arithmétiques de Diophante, Les Elements d'Euclide ou L'Almageste de Ptolémée.

En ce qui concerne l'astronomie, elle étudie les tables de Ptolémée, dérivées de l'Almageste du même auteur, originalement "Al-Majisti" en Arabe. Ce dernier procure les données nécessaires au calcul de la position des astres et à l'anticipation des éclipses. On y trouve également la description du mouvement des Planètes, de la Lune et du Soleil. L'Univers y est décrit comme étant géocentrique, c'est-à-dire que tout ce qui le compose est en mouvement autour de la Terre, qui est en son centre.
Elle produira elle-même un Canon astronomique : ensemble de tables décrivant les mouvements des corps célestes.

@Astropolis

Hypatia commente Les Coniques d'Apollonius de Perga, recueil de huit livres traitant des différents résultats obtenus en sectionnant un cône à l'aide de plans.
Le cône d'Apollonius de Perga permet de se représenter les différentes sections comme on le voit sur les images ci-dessous : la parabole, est issue d'une section parallèle au cône dans la longueur, l'hyperbole est obtenue par une section oblique du cône dans la longueur. L'ellipse, quant à elle, apparaît lorsque la section est oblique par rapport à la base du cône.

@Wikipédia

Ses travaux et ses vingt ans d'enseignement ont permis la préservation du savoir Grec dans les domaines des mathématiques, de l'astronomie et de la philosophie. Sa vie en tant que femme scientifique a été une lutte pour le maintient et la diffusion du savoir et de la liberté de pensée.

Une femme libre parmi les hommes

Au Vème siècle à Alexandrie, les femmes épousent des hommes de quinze à vingt ans leurs aînés, passant du "rôle de fille" au "rôle de femme". Donner la vie à un héritier est la seule voix à suivre pour ces femmes-épouses.
Les hommes aliènent les femmes en les réduisant à ce rôle et s'octroient le pouvoir politique, civil, social et religieux.
Afin de pallier à cet asservissement social, les femmes ont le choix de devenir courtisanes. La prostitution n'est cependant pas atteignable pour toutes. En effet, les courtisanes vendent leur services aux riches hommes d'Alexandrie, qui attendent d'elles un soin particulier envers leur corps.

Hypatia a délibérément pris la décision de ne pas s'incliner face à ces deux destins, malgré les difficultés. Jeune, Hypatia n'éprouve aucune tentation au mariage. Pour elle, il n'est d'aucune nécessité sociale, et n'a par ailleurs pas de désir envers les hommes.

Tout au long de sa vie, elle évolue dans un contexte totalement masculin : son auditoire est masculin, ses relations pédagogiques s'effectuent avec des classes uniquement peuplées d'étudiants. Elle entretient une relation épistolaire amicale avec Synésios, un de ses anciens élèves devenu évêque en Grèce. Ses relations sociales ou scientifiques regroupent ses fréquentations du Museîon : elles sont a fortiori uniquement composées d'hommes.

Elle soulève bien des passions, qu'elle réfrène toujours par son choix ultime de rester célibataire et indépendante.
Un jour, un étudiant insiste, encore et toujours. Hypatia voulant mettre fin à ces invitations, sort de sa toge une protection menstruelle tâchée de sang, et lui lance dessus en déclarant : "Voilà le but vers lequel tend votre amour, jeune homme, mais ce n'est rien de beau."

Elbert Hubbard, 1908

@Britannica

Au cours de l'année de ses vingt ans, Hypatia perd son père. Elle se retrouve seule et financièrement démunie. Elle fuit cependant toujours le mariage, d'autant plus intensément que celui-ci est devenu majoritairement chrétien suite à l'expansion de l'Empire chrétien d'Orient à Alexandrie.
Le mariage prend alors une forme encore plus marquée d'appropriation du corps de la femme par l'homme comme outil de procréation.
Hypatia refuse de laisser place à une société prônant l'infériorité de la femme, la soumission et l'atroce aliénation que constitue cette union devant l’Église.
Elle incarne alors un modèle d'égalité, de liberté et de parité face aux hommes.

Une mort tragique à Alexandrie

Vies des savants illustres, depuis l'antiquité jusqu'au dix-neuvième siècle, Louis Figuier, 1866

@Wikipédia

Au IVème siècle, l'Empire Romain installé à Alexandrie depuis environ l'an 70, s'effondre suite à sa division.
Les Chrétiens de plus en plus nombreux ébranlent la solidité de la société païenne, créant une brèche dans la cité d'Alexandrie.
En 365 Alexandrie subit une un double cataclysme : un séisme suivit d'un raz-de-marée, qui entraîneront une prédominance chrétienne au sein de la cité.

L'archevêque patriarche Théophile ordonne alors en 390 l'incendie du Sérapéum, sanctuaire dédié à Sérapis, divinité créée par Ptolémée Ier, contenant de nombreux ouvrages.

Théon et Hypatia reproduisent alors les notes de cours, les livres et le maximum d'écrits possible, dans la hâte, afin de sauvegarder le patrimoine savant de l'époque. C'est à cette période qu'il et elle sauveront Les Éléments d'Euclide, L'Almageste de Ptolémée et Les Arithmétiques de Diophante.

Profitant de son influence, l'évêque patriarche Théophile d'Alexandrie attise la haine des chrétiens envers les païens. Il décède en 412, passant le flambeau à son neveu Cyrille d'Alexandrie. La haine est encore plus radicale. Il exacerbe les tensions entre les Juifs, les Chrétiens et les Païens. Il est, on le suppose dans l'ombre, acteur aux travers des actions des moines fanatiques, à l'origine d'attaques meurtrières massives envers les Juifs résidents dans la cité.

Ayant perdu son père, Hypatia est alors interdite de prendre sa place au Museîon. L'étude des livres non chrétiens lui est prohibée et par la suite, elle se voit même interdite d'enseigner l'astronomie.

A la mort de Synésios Hypatia connaît des moments de plus en plus sombre, précaire et dangereuse, perdant la protection de l'évêque face à Théophile puis Cyrille.

Le préfet Oreste, ancien élève d'Hypatia et fidèle ami, entre dans la ligne de mire de Cyrille. Il est condamné à s'échapper d'Alexandrie suite à une tentative d'assassinat commanditée par l'évêque.

Hypatia se retrouve alors dans une situation de plus en plus périlleuse, car aux yeux de Cyrille, elle représente une menace à éliminer au plus vite.

C'est au cours de l'année 415, rentrant chez elle, qu'Hypatia est enlevée par des moines. Ils commencent par la déshabiller dans l’Église Césarion.

"Ces hommes si longtemps privés de femmes par leur absurde vœu de chasteté, frustrés des plaisirs de la chair, poussés au sadisme par le refoulement de leur exigeante sexualité, ne la violent pas, mais la veulent toute nue."1
Ils entaillent alors sont corps, munis de coquilles d'huîtres acérées, et c'est les membres tordus, écartelés, et dépecée que l'existence d'Hypatia s'éteint.

Ses membres déchiquetés sont emmenés au Cinaron, puis brûlés.

Les travaux d'Hypatia sont très longtemps restés sous silence, le pouvoir de la religion empêchant admirateurs de transmettre sa voix :

"Enseignez des superstitions comme des vérités est la chose la plus terrible."

"Toutes religions formelles et dogmatiques sont fallacieuses et ne doivent jamais être acceptées comme absolues par quiconque se respecte."

"Réservez votre droit de penser !"

"Il n'y a pas de repos pour les esprits libres !"

Nathalie Bauchet

Cratère Hypatia, sur la Lune.

@Wikipédia

Astéroïde (238) Hypatia situé dans la ceinture principale d'astéroïdes localisée entre Mars et Jupiter. Sur l'image, point lumineux en haut à gauche.

1. "Hypatia : un phare dans la nuit" Christiane Marciano-Jacob.

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